Histoire SBIC 2005 -2011

“Les Meres Mortes ne Pleurent Pas”. Un compte-rendu des activites de SBIC de 2005 a 2011 par Ann Pettitt, Presidente de SBIC

Salle de maternite a N’Djamena 2007

Le 26 juin 2010 marque la cinquieme annee depuis la transmission du programme Panorama de la BBC, “ Les Meres Mortes ne Pleurent Pas”, un documentaire sur les femmes qui meurent pendant l’ accouchement dans un pays d’Afrique centrale, le Chad. Le film met en evidence la lutte d’une specialiste en obstetrique, le Dr Grace Kodindo, pour s’occuper des meres et bebes malgre des conditions d’hygiene deplorables, un manque de medicaments de premiers soins et l’indifference du Ministere de la santé. Cinq ans suffisent pour que nous nous demandions “Quelle difference avons nous faite?” et “Qu’ avons nous appris?”.

Nous avons forme un groupe, nous avons rendu visite au Chad et nous avons realise que tout n’etait pas aussi simple que ce que montrait le film. Dr Grace Kodindo avait quitte son poste de 30 ans a le tete de la maternite de l’hopital en question. Elle savait que cet hopital, specialise dans les soins aux femmes avec des complications de grossesse et d’ enfantement , continuait a manquer des conditions de base essentielles; elle accepta que la BBC fasse le film montrant les difficulties auquelles les docteurs et infirmiers font face, y voyant une opportunite d’obtenir des ameliorations.

Etions nous naifs, fourvoyes ou vaniteux de penser que nous pouvions faire une difference? Nous etions certainement naifs! “ Nous pouvons donner, ils ne peuvent pas recevoir”, fut la declaration surprenante de Vincent Fauveau, responsable de la section sur la mortalite maternelle de l’UNFPA, a notre premiere rencontre en 2005! C’etait la premiere des nombreuses occasions ou je me suis faite couper court….. Nous etions naifs de penser que la richesse petroliere qui coulait au Chad changerait les choses. Nous pensions a tort que le probleme venait surtout du manque de medicaments et d’equipement, alors que les femmes decedent souvent, meme quand elles sont a l’hopital, pour les raisons plus banales de negligence, incompetence et pauvre gestion.

Nous avons ecoute ce que nos coeurs nous dictaient et obei a l’elan humain qui cherche a aider les autres, et je pense que nous avions raison de le faire. Au cours des 20 dernieres annees, des millions ont ete depenses par de grandes et riches organisations pour financer des conferences sur la mortalite maternelle en Afrique. Des decisions ont ete prises et des promesses faites. Malgre cela, les professionels n’ont fait aucune difference significative dans les pays ou le taux de mortalite est le plus haut. Le taux de mortalite maternelle reste plus haut que jamais.

Les departments de maternite de 2 hopitaux de district- Chagoua et Farcha

Ce sont vers les blocs de maternite des 2 hopitaux de district de la capitale N’Djamena que le Dr Grace Kodindo nous a suggere de diriger nos energies et notre bonne volonte. Elle savait qu’ils manquaient encore plus desesperement de moyens que l’Hopital National de Reference et que nous pouvions y faire une vraie difference. Un des hopitaux, Chagoua , se situe a proximite des quartiers populaires de la partie africaine et surpeuplee de la ville. Il est toujours trop plein et les patients y sont soignes dans des tentes de fortune dans la cour. Le bloc maternite, avec 4 lits , est toujours bonde de femmes, certaines accouchant parfois a meme le sol en ciment et les autres, déjà en travail, attendant sur les bancs exterieurs pour qu’un lit se libere. Les “lits” sont vieux et tout rouilles, recouverts d’ un espece de caoutchouc noir tombant en morceaux. Le systeme d’approvisionnement electrique, pourvu par l’etat, ne fontionne pas la nuit, donc on doit utilise des lampes a parafine ou des bougies. L’approvisionnement en eau, egalement administree par l’etat, est tellement erratique qu’on doit utiliser un puits de sonde, mais, comme la pompe electrique ne marche plus, les Sage femmes doivent transporter des seaux d’eau pour remplir les barriques dans la sale d’accouchement, afin de garder le sol, les murs et les lits laves.

L’autre hopital, dans le district de Farcha, se situe a la limite de la ville. Les femmes arrivant a Farcha pour accoucher ont souvent marche pendant des kilometres depuis leur village. Je me souviens de ma presence en 2009, quand une jeune femme avait marche quelques 20kms de son village avec sa famille; elle allait accoucher de son onzieme enfant; elle ne savait meme pas son age. Une autre jeune femme savait qu’elle avait 16 ans mais ne comprenait ni pourquoi son ventre avait grossi , ni pourquoi elle souffrait tant. Elle pensait etre tres malade.

Un an auparavant, j’etais dans la salle d’accouchement de l’hopital de Farcha avec Paulette Lewis, administratrice en obstetrique au Royaume Uni et presidente de l’Association des Sage- femmes de Jamaique. C’etait son premier voyage en Afrique. Les murs etaient gris, graisseux et eclabousses de sang. Une flaque de sang seche se voyait sous l’un des lits. Les instruments etaient “sterelises” en les laissant dans une cuvette reniforme , dans une solution javelisee. Paulette regarda tout autour d’elle et dit a tout le monde “ c’est vraiment sale! Nous allons nettoyer tout ca!” Et c’est ce que nous avons tous fait: le chef du service d’obstetrique (un homme qui tolerait les rats dans les placards de la salle d’accouchement), le concierge, les accoucheuses, les etudiants, Paulette et moi! “Madame” me dit tout a coup le chef du service, “ posez votre balai, ce n’est pas a vous de faire cela mais a moi”. “Vous avez raison” je lui ai repondu; et je me suis assise.

Avons nous appris quelque chose?

Ce petit compte-rendu porte sur ce que, je l’espere, nous avons appris: que ca ne sert pas a grand chose pour nous d’etre choques ou de penser que des changements sont necessaires. A moins que les Chadiens soient prets a resoudre le probleme de haute mortalite maternelle, a moins que les responsables des salles d’accouchements se soucient de les garder propres ( car les femmes qui y viennent esperent qu’elles y seront en securite), a moins que les Sage- femmes s’assurent qu’aucune des femmes qui ont accouche rentre chez elle pour y mourir d’une hemorragie ou developpe une infection liee a l’utilisation d’instruments sales, a moins qu’elles sachent que tout acte de negligence sera identifie, rien ne changera malgre nos dons d’equipements, de medicaments ou meme de formation professionelle.

C’est la faute a la direction

Quand nous avons accepte ingenument de payer pour des generateurs, comme un des elements de notre accord avec le Ministere de la Sante du Chad (sans cet accord, nous n’aurions pas pu rencontrer et travailler avec le personnel des hopitaux), nous n’avons meme pas pense a demander pourquoi les generateurs precedents ne marchaient plus. J’ai demande aux responsables du riche programme europeen “Aide pour l’Afrique” pouquoi ils ne pouvaient pas payer pour les generateurs afin qu’il y ait de l’eclairage la nuit. Ils m’ont repondu: “ a cause de la direction” . Ce serait une perte totale d’argent tant que les dirigeants ne changent pas. Si l’etat ne paie pas pour le maintien des generateurs, tout tombera en panne.

Une autre lecon bien apprise: Une grande partie des echecs apparents que nous avons constates est due a l’irresponsabilite, a la faiblesse administrative et a l’immunite de ceux qui dirigent. Un petit sketch: il fait 40 degres C et toute une equipe de gens, nous ci-inclus et meme le chauffeur de taxi, est entrain de nettoyer et repeindre la salle d’accouchement et le bureau des Sage-femmes pendant que le directeur de l’hopital est assis a l’ombre d’un arbre. Le sol est jonche d’ordures, de seringues usees et de matiere fecale.

Il a ete remplace depuis!

“Aider n’est pas facile!” , par Nelly Staderini, Sage-femme francaise , specialiste en santé publique et epouse d’un des derniers presidents de la mission MSF au Chad. Nelly participle au travail de SBCF depuis 2006.

Avons-nous commence en posant des questions inadequates? “De quoi avez-vous besoin?” avons nous demande… et nous avons envoye Grace et Nelly faire des “evaluations de besoins” aussi completes que possible; elles sont revenues avec d’incroyables longues listes: une provision reguliere en eau, de l’electricte, des ambulances et meme des aiguilles et fil a suture. Nous ne pouvions meme pas commencer a distribuer ces aiguilles et, en posant la question, nous provoquions des attentes sujettes a desappointements! Mais, petit a petit, au cours des 4 dernieres visites, les chadiens se sont rendu compte que nous ne sommes que des personnes ordinaires et non un organisme international aux ressources illimitees! Et donc nous ne pouvons pas faire grand chose , sauf nous interesser a ce qui se passe, financer des ameliorations pratiques et, surtout, engager le personnel qui s’occupe des services d’accouchement , ceux qui les forment et le ministere qui les emploie, dans le developpement de pratiques simples et realistes assurant un accouchement en surete, a l’hopital tout comme a la maison.

Bonne volonte

Nous sommes des benevoles et nos finances proviennent surtout de petits dons par des personnes qui donnent ou organisent des collectes. Cela veut dire que nous comptons sur la bonne volonte et je crois que la bonne volonte est infectieuse. Depuis notre derniere visite au Chad, les sages-femmes de l’Association Chadienne ont commence a procurer benevolement des heures de supervision a la maternite de l’Hopital de Reference National, ou le taux de mortalite reste haut. Elles font cela en plus de leur travail normal.

A present, nous esperons pouvoir engager ces formatrices en obstetrique/accouchement dans des discussions avec le Ministere de la Sante, afin d’assurer qu’une partie de leurs responsabilites professionnelles remunerees sont dediees a la supervision et a la formation des etudiants dans les salles d’accouchements. Ceci est la meilleure facon de promouvoir les standards professionnels ; Grace et Colin Kidner, nos tresoriers, ont propose un accord consequent au ministere en avril 2010.

Solutions

Nous avons essaye, sans resultat, je le reconnais avec plaisir, de trouver des strategies, de grandes idees, des solutions. Surtout, nous avons fait de notre mieux avec l’aide d’une poignee de personnes actives et quelques loyaux donneurs (en temps et argent). Considerant le passé, je pense a present que l’ Afrique n’a pas besoin de gens qui n’ont aucune idée de ce que c’est de vivre dans la pauvrete et qui pensent a des idees brillantes ou font de grand plans.

Nous avons beneficie des conseils judicieux de Grace et Nelly: “ pensez de facon simple”, “restez proche des gens sur le terrain”, investissez en resources humaines”.

Nous avons pourvoye des choses qui ont fait une difference de nature tres pratique: de l’eau, des toilettes, des trousses d’accouchement, quelques medicaments… mais surtout nous avons demontre notre interet et manifeste notre soutien; nous avons facilite la certitude que le changement est possible- et realise que ce n’etait pas a nous de l’amener. Le film de la BBC montrait un chercheur americain, Jeremy Shiffman, disant que le facteur essentiel est la “volonte politique”. Ce qu’il est facile d’oublier est que la volonte politique n’a pas a provenir des politiciens. En fait, cela arrive rarement. Le changement arrive grace aux gens ordinaires qui veulent le changement. C’est seulement quand les gens realisent que le changement est possible , entre leurs mains, qu’ils commencent a vouloir des ameliorations. En 2009, a la fin de notre visite, les formateurs chadiens en obstetrique/accouchement nous ont rencontre. L’un d’entre eux/elles a dit aux autres: “ Dites, ces gens viennent de loin parcequ’ils se soucient de la haute mortalite maternelle au Chad. Mais ceci est notre probleme; ils ne peuvent pas le resoudre pour nous. Qu’allons nous donc faire a ce sujet?”

En 2005, il n’y avait pas d’ “Association des sages-femmes du Chad”. En 2011, cette association est tres active, avec l’adherence de la majorite des sages-femmes du Chad, et a un bureau et une petite subvention du UNFPA.

En 2011 egalement, a la suite de notre premiere demande de fonds a un organisme, nous avons reussi a obtenir une aide de “Wales for Africa/ Le Pays de Galles pour l’Afrique”, qui a accepte de participer au financement de visites au Chad en vue de former des professionnels. Nous comptons encore sur tous ceux qui nous soutiennent pour assurer le financement de la majorite de nos depenses.

working together for change - SBIC trainers with Chad midwives and trainers, 2010

Travailler ensemble pour changer les choses- les sages-femmes chadiennes avec l’equipe de SBIC) N’Djamena 2010 (photo d’Anne Pettitt)

 

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